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Pas encore l’heure des vacances, mais déjà celle des coquillages

 

La découverte du toit du refuge de Saint-Jacques-de-Compostelle entièrement recouvert de coquilles pose une question qui dépasse le seul geste poétique : quelle place peuvent-elles vraiment prendre dans la construction aujourd’hui ? Car derrière l’image, il y a un terrain d’innovation bien réel — et des acteurs qui l’ont compris avant tout le monde.

Un matériau composite qui gagne ses lettres de noblesse

 

On connaît déjà Ostrea et sa gamme de terrazzo marin, faite de paillettes de coquilles d’huîtres liées sans composants pétro-sourcés — une alternative bas carbone, destinée aux sols, plans de travail et mobilier, inscrite dans une logique d’économie circulaire et de production locale en Bretagne. Mais ce n’est qu’un acteur parmi une génération entière de créateurs qui ont fait du déchet coquillier leur matière première de prédilection.

À Nantes, Malàkio a mis au point l’Istrenn, un composite composé d’environ 60 % de coquillages recyclés et d’une matrice minérale, qui sèche à l’air libre et ne nécessite ni machine, ni cuisson. Moules, huîtres et ormeaux bretons y sont broyés puis mélangés à une poudre de pierre 100 % naturelle et minérale, pour donner naissance à un granit marin aux reflets moirés, déclinable en luminaires, plans de travail et meubles sur mesure. Sur la Côte d’Opale, Guscio suit une logique similaire : leur matériau est composé d’entre 50 % et 60 % de broyats de coquilles Saint-Jacques issues des ateliers de Capécure et du port de Boulogne-sur-Mer, liés dans une matrice minérale, sans cuisson et à faible impact carbone. Testé en laboratoire — résistance à la flexion, à la compression, à l’humidité, à la chaleur et aux chocs — le matériau ambitionne de concurrencer le marbre et d’investir plans de travail, plateaux de mobilier et éléments d’aménagement intérieur.

Ce trio — Ostrea, Malàkio, Guscio — dessine les contours d’une filière naissante, ancrée dans les territoires côtiers français et portée par une même conviction : le déchet de l’assiette peut devenir le matériau du chantier.

Isoler, alléger, construire autrement

 

Le coquillage ne se limite pas aux surfaces visibles. Entiers, les coquillages peuvent également servir d’isolant naturel, capables d’absorber et de réguler l’humidité dans des espaces sensibles comme les vides sanitaires ou les sous-sols. Un usage encore discret, mais particulièrement pertinent. Plusieurs entreprises ont déjà fait de cette ressource leur cœur de métier :

Bysco : cette entreprise nantaise, avec un site de production à Cancale, transforme les filaments de moules (le byssus) — autrefois jetés — en textiles techniques et panneaux isolants pour le bâtiment et l’industrie.

Ecoschelp : basée à Anvers, cette marque utilise des coquillages entiers pour l’isolation des sols et des vides sanitaires. Les coquilles forment une barrière naturelle contre l’humidité et le froid, tout en restant perméables à l’air.

Seastex : en transformant les fibres de byssus de moules en tuiles acoustiques, cette marque cumule deux atouts rares — absorption du bruit et résistance au feu.

Cool Roof France  : leur peinture intègre de la poudre de coquilles d’huîtres recyclées pour créer un revêtement réfléchissant qui isole les toits de la chaleur solaire.

Intégrés sous forme de granulats dans le béton, les coquillages permettent par ailleurs d’alléger la matière, d’améliorer ses performances thermiques et de réduire l’empreinte globale du chantier.

Une évidence environnementale

 

Chaque année, près de 250 000 tonnes de coquilles sont jetées en France. Les réemployer, c’est éviter leur enfouissement, mais aussi limiter l’extraction de ressources vierges comme le sable ou les granulats. Le bilan carbone parle de lui-même : entre 3 et 7,5 kg de CO₂/m² pour certains matériaux à base de coquillage, contre près de 48 kg pour de la céramique classique.

Sans cuisson énergivore. Sans résine synthétique. Sans compromis.

Une source d’inspiration, aussi

Leur structure lamellaire fascine architectes et designers, ouvrant la voie à des façades légères et résistantes, pensées par biomimétisme. Observer le vivant pour mieux construire — et, peut-être, construire moins.

Un matériau oublié ? Plutôt une ressource sous-estimée. Et si, demain, le coquillage quittait définitivement l’assiette pour devenir un standard du chantier ?