Le toit le plus poétique de France sur le chemin de Compostelle
Oui, aujourd’hui, on parle d’une toiture. Mais pas de celles qu’on oublie une fois le seuil franchi. Celle-ci raconte une histoire. Mieux : elle nous replace dans un paysage, dans un temps long.
Sur le chemin de Compostelle, Sara Gouy imagine un refuge où le toit devient manifeste. Ici, pas de tuiles. À leur place : des coquilles Saint-Jacques. Des milliers. Posées une à une sur une charpente en mélèze, dessinée comme une coque de bateau renversée, dont la courbe semble tendre vers l’océan.
Le geste n’est pas qu’esthétique. Il est profondément ancré dans son territoire : le Parc naturel régional des Causses du Quercy. Un sol calcaire, chargé de fossiles, mémoire d’une mer ancienne. Ici, la coquille n’est pas un symbole plaqué — elle est déjà là, partout, dans le paysage. Collectées en plongée, dans une démarche respectueuse de l’environnement, ces coquilles deviennent matière à construire. Et révèlent au passage une intelligence presque oubliée : réduites en poudre, elles possèdent des propriétés antifongiques naturelles. Une technique utilisée depuis des siècles au Japon, notamment dans les peintures extérieures, que le chercheur du CNRS Laurent Chauvaud a contribué à documenter.
Ici, la poésie rejoint la technique. Et inversement.
Les coquilles ne s’arrêtent d’ailleurs pas au toit. Concassées, elles composent aussi un béton marin écologique pour le sol — près de 7 000 unités réemployées — offrant une protection naturelle contre l’humidité et les mousses.
La structure, elle, prolonge ce dialogue. Une charpente fine, inspirée des travaux de Philibert Delorme, soutient ce volume renversé. À l’ouest, une baie vitrée ouvre le refuge sur le paysage. Une terrasse prolonge le regard. Et en contre-jour, un vitrail de nacre capte la lumière, comme un écho direct à la matière du toit.
Derrière cette prouesse, l’artisan Gaspard Lautrey, qui a su apprivoiser la pente, le vent, et la complexité d’un geste aussi radical que délicat.
Un toit, donc. Mais surtout une manière de construire qui reconnecte. À un lieu, à une ressource, à une mémoire.

